En ce moment, je corrige les mémoires de mes étudiants en MBA Direction Artistique Digitale. Je prépare aussi les prochains bootcamps d’un campus innovant pour les plus jeunes. Et comme chaque été, entre deux corrections, je prends un peu de recul sur l’année qui vient de s’écouler.
Il y a une question qui me revient sans arrêt. : “Est-ce qu’on est vraiment en train de préparer les jeunes au monde qui les attend ?”
En fait, j’ai l’impression qu’on passe beaucoup de temps à se demander ce qui ne va pas chez les jeunes.
Ils seraient moins motivés. Ils n’auraient plus le goût de l’effort. Ils seraient trop exigeants.
Mon métier de designer m’a appris une chose essentielle : avant de chercher une solution, on observe. On essaye de comprendre les comportements. On se demande pourquoi un usage évolue. Pourquoi une personne agit différemment de ce qu’on avait imaginé.
Et je crois que cette façon de penser peut aussi s’appliquer à l’éducation. Parce qu’au fond, je ne suis pas certaine que le problème soit cette génération.
Je me demande plutôt si elle n’est pas en train de nous montrer que le monde a changé… beaucoup plus vite que notre manière de préparer les jeunes.
Un monde qui change à une vitesse inédite
Quand nos parents (et je fais partie de la génération 80) sont arrivés sur le marché du travail, on pouvait encore imaginer faire toute sa carrière dans la même entreprise.
Aujourd’hui, cette idée paraît presque étrange. Les métiers évoluent en permanence. L’intelligence artificielle transforme déjà notre façon de créer, de communiquer, d’apprendre et de travailler. Les enjeux climatiques redessinent nos modèles économiques. Les réseaux sociaux ont changé notre rapport à l’information, aux autres et parfois même à nous-mêmes.
Nous vivons dans un monde où l’incertitude est devenue normale. Alors finalement…
Pourquoi attendrions-nous des jeunes qu’ils aient exactement les mêmes attentes que les générations précédentes ?
L’UNESCO rappelle d’ailleurs que les transformations technologiques, environnementales et sociales que nous traversons imposent de repenser le rôle de l’éducation et de construire un nouveau contrat social autour de l’apprentissage.
Autrement dit, ce n’est pas seulement l’école qui doit évoluer. C’est toute la société.
Une génération qui ne manque peut-être pas d'ambition
J’entends souvent dire que la Génération Z – appelée la Gen Z, celle qui succède à la génération Y et précède la génération Alpha 😉 ne veut plus travailler. Honnêtement, je ne crois pas que ce soit aussi simple. Je crois surtout qu’elle ne définit plus la réussite de la même manière.
Pendant longtemps, réussir signifiait gravir les échelons, obtenir un meilleur statut, gagner davantage.
Aujourd’hui, beaucoup de jeunes parlent aussi de santé mentale, de qualité de vie, de sens, d’équilibre, d’apprentissage continu.
Le rapport Deloitte Gen Z & Millennial Survey 2025 montre que ces dimensions comptent désormais parmi les premiers critères dans le choix d’un employeur. L’étude souligne également que très peu de jeunes placent un poste de direction comme objectif principal de carrière.
Ce n’est pas forcément moins d’ambition. C’est peut-être une ambition différente. Et je trouve ça intéressant. Parce qu’au fond, cette génération nous oblige à nous demander ce que signifie réellement “réussir sa vie”.
L'école n'a jamais eu vocation à tout enseigner
J’ai aussi envie de défendre l’école.Parce que j’en fais partie. Je sais à quel point enseigner est un métier exigeant.
Préparer ses cours. S’adapter à des profils très différents. Faire progresser tout le monde. Répondre aux attentes des étudiants, des familles, des institutions. Être présent, même quand les journées sont longues.
Je trouve qu’on oublie parfois tout ce que ce métier demande.
Et je ne crois pas que le sujet soit là. L’école n’a jamais eu vocation à tout enseigner.
Sa mission première a toujours été de transmettre un socle commun de connaissances.
Lire. Écrire. Compter. Comprendre le monde. Et ce socle reste indispensable.
Le problème, ce n’est pas l’école. Le problème, c’est que le monde est devenu infiniment plus complexe que celui pour lequel notre système éducatif a été imaginé.
Aujourd’hui, nous demandons à l’école de transmettre des savoirs, de développer l’esprit critique, de prévenir le harcèlement, d’éduquer au numérique, à la citoyenneté, à l’écologie, à la santé mentale, de préparer aux métiers de demain…
Et tout cela avec un temps, des moyens et une organisation qui n’ont pas été pensés pour porter seuls toutes ces missions.
Ce n’est pas une critique. C’est un constat.
L'éducation est devenue un sport collectif
Je crois qu’on gagnerait à changer de regard. L’école transmet des savoirs. Les familles transmettent des valeurs, des repères, une manière d’habiter le monde.
Et autour de ces deux piliers, tout un écosystème prend aujourd’hui une place essentielle.
Les associations. Le sport. La culture. Les activités artistiques. Les mentors. Les professionnels. Les campus innovants.
Tous ces lieux où l’on apprend autrement. Pas parce qu’ils remplacent l’école. Parce qu’ils la complètent.
Les parents non plus ne peuvent pas tout faire. La charge mentale est immense. Le rythme de vie est soutenu.
Et c’est justement pour cela que je pense que l’éducation est devenue une responsabilité collective.
Les compétences qui feront vraiment la différence
Je suis persuadée que les connaissances resteront essentielles. Mais elles ne suffiront plus.
Les jeunes auront besoin de développer :
- Une intelligence émotionnelle.
- Une intelligence financière.
- Une intelligence écologique.
- Une véritable culture de l’intelligence artificielle.
- Ils devront apprendre à collaborer avec une IA plutôt qu’à la subir.
- À créer. À coopérer. À apprendre toute leur vie.
Et il y a une compétence dont on parle encore trop peu :
- La confiance en soi. Pas une confiance qui consiste à penser qu’on a toujours raison. Une confiance qui permet de prendre la parole. D’argumenter. De défendre une idée. D’accepter la contradiction sans s’effondrer. De changer d’avis quand les faits l’exigent. Mais aussi de tenir sa position lorsqu’elle est solide.
Parce qu’à l’ère de l’intelligence artificielle, nous serons confrontés à des outils capables de produire en quelques secondes des raisonnements extrêmement convaincants.
La question ne sera plus seulement :
“Qui a raison ?”
Elle deviendra plutôt :
“Suis-je capable de construire mon propre jugement ?”
“Est-ce que je comprends réellement ce qu’on me dit ?”
“Quels intérêts ce discours sert-il ?”
“Et surtout… est-ce que cette idée est cohérente avec mes valeurs ?”
Je crois que c’est ça, le véritable esprit critique. Pas douter de tout. Être capable de penser par soi-même.
Et cette idée me paraît plus actuelle que jamais.
À l’ère de l’IA, des “fake news”, des images truquées, des voix clonées et des contenus générés en quelques secondes, garder un esprit vif et critique n’est plus une qualité. C’est devenu une nécessité.
Observer avant de juger
Il y a une phrase qui me suit souvent dans mon travail de designer.
Quand une personne ne comprend pas une interface, on ne conclut pas que l’utilisateur est mauvais.
On améliore l’interface. Pourquoi ferait-on l’inverse avec l’éducation ?
Quand une génération entière semble nous envoyer les mêmes signaux, est-ce que la première question ne devrait pas être :
“Qu’est-ce que ce comportement révèle de notre système ?”
Plutôt que :
“Qu’est-ce qui ne va pas chez ces jeunes ?”
Je n’ai pas toutes les réponses. Et je pense que personne ne les a.
Mais une chose me paraît certaine. Les enfants d’aujourd’hui ne vivront pas dans le monde pour lequel nous avons été éduqués. Alors peut-être que notre responsabilité n’est pas seulement de leur transmettre des connaissances.
Peut-être que notre responsabilité est aussi de leur donner les outils pour continuer à apprendre, à s’adapter, à coopérer, à défendre leurs idées, à garder leur curiosité et à exercer leur esprit critique tout au long de leur vie.
Parce qu’au fond, préparer les jeunes au XXIᵉ siècle n’est plus seulement une affaire d’école. C’est un projet de société.
Comment je peux vous accompagner.
Aujourd’hui, j’interviens au sein du campus innovant Klésis Junior, sur des bootcamps autour de la création de marque, de l’entrepreneuriat et des méthodes de pensée créative — apprendre à imaginer, prototyper et défendre une idée.
Je propose aussi, pour les écoles comme pour les entreprises, plusieurs formats autour de la marque :
- Design sprint : pour aller vite, tester et challenger une idée sur un temps court.
- Lego Serious Play : pour faire émerger une réflexion collective par le jeu et le prototypage, plutôt que par la seule discussion.
- Accompagnement long terme, en Brand Partner : pour construire et garantir la cohérence de marque dans la durée : logotype, site web, enseigne, vitrine, événements… au-delà d’une mission ponctuelle.
Si l’un de ces formats vous parle, pour votre enfant ou pour votre entreprise, le plus simple est de me contacter : une conversation suffit pour voir ensemble ce qui correspondrait le mieux à votre besoin.
Pour aller plus loin
- UNESCO – Futures of Education : https://www.unesco.org/en/futures-education
- OCDE – Future of Education and Skills 2030 : https://www.oecd.org/education/2030-project/
- Deloitte – Gen Z & Millennial Survey 2025 : https://www.deloitte.com/global/en/about/press-room/deloitte-2025-gen-z-and-millennial-survey.html
- Philippe Meirieu : https://www.meirieu.com
Transparence sur l'utilisation de l'intelligence artificielle
Comme je le demande aujourd’hui à mes étudiants, je tiens à être transparente sur ma manière de travailler. Cet article n’a pas été écrit par une intelligence artificielle. Il a été construit avec elle.
Je commence toujours par un travail personnel : je note mes observations de terrain, les questions qui me traversent, les échanges que j’ai avec mes étudiants, les idées que je veux explorer et le message que j’ai envie de transmettre.
J’utilise ensuite plusieurs intelligences artificielles comme des partenaires de réflexion. Elles m’aident à structurer mes idées, à confronter mon raisonnement à des études de référence, à améliorer la fluidité du texte, à corriger certaines formulations et à relire l’ensemble avec un regard différent.
Le fait de croiser plusieurs outils est volontaire. Comme je le ferais avec plusieurs ouvrages ou plusieurs personnes, cela m’aide à éviter de dépendre d’une seule manière de raisonner et à enrichir ma réflexion.
En revanche, les observations de terrain, l’angle de l’article, les analyses, les choix éditoriaux et les conclusions sont les miens.
Pour moi, c’est exactement ce que devrait être l’intelligence artificielle : ni un auteur, ni un oracle, mais un formidable partenaire de travail.
L’esprit critique ne consiste pas à refuser l’IA. Il consiste à savoir dialoguer avec elle, confronter ses réponses, vérifier ses sources… et continuer à penser par soi-même.